Annalisa Mantovani

tableaux peints et déco murales

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Iris

À l’occasion de la Nuit Blanche de l’Arte Fiera 2015, j’ai réalisé « Iris », une peinture murale au plafond de l’atelier où je travaillais. Les jours avant cette grande manifestation qui met Bologne au cœur de l’art contemporain, nous réfléchissions, Eldi Veizaj et moi, au projet de deux peintures murales qui devaient transformer mon atelier en galerie d’art l’espace d’une nuit. Ces jours-là un événement bouleversait Paris et notre quotidien : l’attentat terroriste au siège du journal « Charlie Hebdo ». Submergés par la masse des articles, des journaux, des émissions de télévision qui n’arrêtaient pas d’analyser les faits, des post qui déversaient leurs commentaires sur Internet, nous avons décidé de peindre ce qui était en train de se passer autour de nous.

L’intitulé du communiqué de presse de notre exposition disait : « Si quelqu’un a quelque chose à dire, qu’il se manifeste et qu’il se taise », une citation de Karl Krauss, interloqué de voir que les langues de ses contemporains n’eussent pas été frappées de paralysie face à l’horreur de la Première Guerre Mondiale.

Nous avions ressenti la même sensation de paralysie, abasourdis par l’incessant bruit de fond produit par les médias, qui véhiculaient non pas des questions, mais seulement des réponses aptes à emporter l’adhésion.

Eldi décida de peindre, sur le mur d’entrée de l’atelier, le visage (2 mètres x 2) de Charb, le directeur du journal parisien, avec la technique qu’il avait l’habitude d’employer pour les portraits sur papier : graphite et à-plats de pastels à l’huile en couches superposées, éraflées et tourmentées. Son propos était d’évoquer les traits caractériels du sujet.

Je décidai, quant à moi ,que j’avais envie de donner vie à une question : qu’est-ce qu’est pour moi la connaissance ? J’avais envie de parler de distorsions et de perception de la réalité, de la création de sa propre vérité, de l’acceptation d’une limite dans notre point de vue et de l’importance d’une vision critique et personnelle du monde. Au milieu du plafond j’ai donc peint, avec de la peinture à l’huile et du graphite, mon œil droit, celui qui est relié à l’hémisphère des connexions logiques. Une photographie en macro de mon iris m’a permis de voir clairement les enchevêtrements des filaments et les nuances de couleur que l’on ne peut pas voir à l’œil nu. J’ai dessiné la forme de l’iris en perspective, de façon à ce que l’on ne puisse apercevoir l’œil dans sa circularité que depuis un seul endroit de la pièce, en se déplaçant dans la pièce le cercle apparaît déformé. J’entendais ainsi montrer que nous ne sommes qu’un point à partir duquel regarder, et les autre un point forcément différent. Le message sous-entendu est que si nous regardons les choses en étant conscients de cette limite, nous ressentirons le besoin de la dépasser, en nous appuyant sur les savoirs d’autrui ainsi que sur nos propres capacités intellectuelles pour atteindre un nouveau niveau de connaissance.

Sur une partie de la surface de la peinture à l’huile j’ai inscrit une liste de nombres qui forment une sorte de faisceau lumineux qui entre dans l’iris. Il s’agit de la traduction en code binaire des mots « pouvoir – système – religion ». La réalité telle qu’on nous l’explique a affaire à une vision superficielle et bornée des choses. Notre effort consiste à traiter ce qui nous entoure comme des fragments d’informations pour composer notre propre vision personnelle. Notre structure corporelle nous suggère quelque chose : si l’œil d’où nous regardons est fait d’une telle complexité, beauté et profondeur, comment pourrait-il y avoir une explication unique, pressée et simple d’un phénomène qui concerne autant d’êtres humains ?


  • Type huile sur plafon

  • MATÉRIAUX acrylique, graphite, couleurs à l'huile

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