Annalisa Mantovani

tableaux peints et déco murales

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Croissance

Nous étions en février. L’édition du Fuori Salone (Hors les murs, Design week Milan 2015) était en train de prendre forme, entre organisation des événements, expositions et installations. Je connaissais la manifestation, en tant que globe-trotteuse passionnée par les nouvelles idées, mais je n’avais jamais eu le plaisir d’y participer en tant qu’exposante. Jusqu’au moment où, en essayant de voir quel pouvait être l’endroit le plus proche de ma façon d’envisager l’art du développement durable, je suis tombée sur Cascina Cuccagna (Ferme Cocagne) et ses pièces hautes de plafond.

Les organisateurs de l’exposition collective qui se déroulait dans ce site avaient choisi un thème – Goodesign, le cercle de la nature, dialogue entre nature et technologie – et étaient en quête de projets axés sur le respect de l’environnement à 360 dégrées, donc sur le souci pour tout le cycle de vie des produits et l’utilisation de pratiques susceptibles de parler d’un développement durable humain à la fois silencieux, harmonieux et poétique.

Je me suis portée candidate en qualité de décoratrice d’intérieur qui conçoit et crée des formes d’aménagement destinées à donner vie aux surfaces libres de la maison. On me montra le mur d’une pièce de la ferme et on me demanda de réaliser une œuvre en accord avec la philosophie de l’exposition. J’ai imaginé un dessin en poussière 180 x 180 cm, conçu pour disparaître dans l’eau chaude et véhiculant un message qui visait à faire réfléchir sur les concepts de cohabitation, adaptation et croissance. Personnages principaux : l’homme et les cellules d’un arbre, dans un vis-à-vis de leurs logiques de mouvement respectives.

Pendant les mois précédant la manifestation, les travaux pour la construction de la ligne 4 du Métro avaient commencé à Milan. Place Frattini est située sur le trajet de cette ligne, et il avait été décidé d’abattre les arbres décennaux qui vivaient dans ce quartier. Deux des mes amis très chers m’avaient parlé de l’action de résistance d’un membre du conseil de la mairie et des habitants du quartier visant à réduire le nombre d’arbre sacrifiés. Un dimanche du mois de mars, j’ai décidé d’aller voir de moi-même ce qu’il en était de cette place privée de ses arbres. Les troncs avaient été tranchés à la hauteur des pieds : les cercles concentriques qui narraient l’histoire de chaque tronc étaient exposés au soleil. On pouvait dénombrer les années, regarder l’épaisseur des anneaux et saisir l’alternance et la durée des saisons qu’ils avaient traversées. Je me suis souvenue des leçons de technologie du bois et de toutes les précautions que, pendant les interventions de menuiserie et de restauration, il nous fallait prendre avant d’inciser les fibres avec un scalpel.

Et voilà que l’organisation des cellules qui forment un fût m’a paru un magnifique exemple de pratique de cohabitation. Les cellules forment une équipe, et il n’y a en pas une qu’on puisse confondre avec une autre. Chacune s’adapte aux exigences du moment, car toutes savent que leur survie dépend de la conquête toujours renouvelée d’espace et de lumière. Au printemps elles dessinent leur croissance au travers d’anneaux concentriques clairs, tandis qu’à l’automne elles décroissent en marquant des chemins sombres qui mènent à l’arrêt de la saison hivernale. L’arbre est immobile dans un point, tandis que ses cellules choisissent une forme et une position en s’adaptant aux mouvements atmosphériques. Le mouvement des cellules est imperceptible, inexorable, aussi longtemps que la nature ou les projets de l’homme le permettent.

Afin de respecter la grâce des mouvements que les cellules dessinent et la logique d’intégration à laquelle elles renvoient, j’ai pensé à une peinture réversible, comme on le fait dans les interventions de restauration d’œuvres en bois. On choisit des produits d’origine végétale ou animale, parce qu’ont peut les retirer sans porter atteinte à l’originalité de la manufacture. La toile choisie est composée à 80 pour cent de tissu recyclé et à 20 pour cent de coton. Les matériaux utilisés pour dessiner le tronc sont : craie de Bologne, poudre de bois, terre cuite, huile de lin, gomme-laque, marc de café, curcuma, graphite, fusain, chlorophylle de brins d’herbe. Et c’est pourquoi la peinture, si on la plonge dans de l’eau chaude, s’efface.


  • Type Tissu recyclé 180 x 180 cm

  • URL vimeo.com/201287646

  • MATÉRIAUX Poussières naturelles, gomme-laque, graphite, chlorophylle de brins d’herbe.

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