Annalisa Mantovani

tableaux peints et déco murales

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Re-trace

Qu’est-ce qui nous pousse à regarder droit devant, les yeux rivés sur le pare-brise de la voiture, lorsqu’à notre gauche s’approche la main de quelqu’un en quête d’une pièce de monnaie ? Elle devient quoi cette main, si tu la rencontres tous les matins près de ta vitre ?

Je n’ai jamais pu continuer trop longtemps à faire semblant de ne pas être touchée par cette demande-là, et c’est pourquoi je me retrouve à regarder dans les yeux quelqu’un qui attend juste de moi que je mette la main à la poche. Un visage tout particulièrement me hantait depuis longtemps déjà, et me forçait à me poser des questions qui n’avaient que des réponses toutes faites. Un jour, un des mes amis était en voiture avec moi ; il a regardé le vieux à la moustache en train de faire la manche et a dit : belle gueule, ce Monsieur.
Ça fait longtemps que j’ai envie de lui demander s’il accepterait que je garde une trace de son visage – j’ai dit.
Eh bien, fais-le.

Je ne connaissais pas la langue de ce Monsieur, mais un jour j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai fait comprendre que j’aimerais le prendre en photo. Je pensais qu’il n’accepterait pas, mais il a pris la pose vite fait et, en me regardant d’un air quelque peu hésitant, a esquissé un sourire. Cette photo, j’ai l’ai gardée très longtemps dans mon téléphone portable, jusqu’au jour où j’ai rencontré une médiatrice culturelle qui connaissait sa langue et j’ai décidé d’essayer de lui parler. Ce qui m’intéressait, c’était de lever, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le voile de mon ignorance et d’ajouter des informations à ce qui pour moi n’était jusque là qu’un regard et une étrange allure. Entretemps, je m’étais faite mon idée à moi sur l’histoire de cet homme. Lui parler n’a pas rendu les choses plus simples, a laissé émerger au contraire une réalité à laquelle je n’étais pas du tout préparée. Il ne pouvait pas et il ne voulait pas parler de lui et, surtout, il n’en avait pas le temps. Le feu rouge scandait le rythme de ses pas, et aucune pause n’était autorisée pendant ses heures de travail.

Je me suis dit que le tissu associatif du troisième secteur de Bologne devait être au courant de l’existence de cet habitant de la rue. Après quelques coups de fil, je suis entrée en contact avec une association d’assistance aux gens de la rue qui s’occupe d’accompagner dans leur démarches, en leur fournissant les renseignements nécessaires, ceux d’entre eux qui veulent sortir de leur condition de SDF. Je connaissais maintenant dans les grandes lignes son histoire et son nom. Je pouvais commencer à peindre.

Au même moment, une troupe d’acteurs que je connaissais travaillait à l’adaptation d’un roman pour une lecture au théâtre. Le titre du roman était : « Zorro – un ermite du macadam » de Margaret Mazzantini. J’ai décidé de participer au projet en tant qu’éclairagiste. D’avoir suivi ce processus créatif m’a permis de réfléchir sur une autre histoire, un autre point de vue, celui d’un homme qui en vient à préférer la vie dans la rue.

C’est pourquoi en ce moment je suis heureuse de pouvoir affirmer que je re-trace. Oui, je re-trace ma vision des choses par rapport à un monde que je côtoie et dont je dessine les confins et remplis le contenu sans jamais en connaître les habitants. Je re-connais que ce qui se passe autour de nous et que nous gardons adroitement à distance, nous concerne plus que ce que nous pouvons l’imaginer.


  • Type Tableau

  • Huile sur bois

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